Engrais verts au potager : guide complet pour enrichir et couvrir son sol
Entre deux cultures ou pendant une période de repos, laisser le sol nu est rarement une bonne idée. Il se tasse sous la pluie, s'érode, perd de l'azote par lixiviation, et se couvre de plantes adventices qu'on passera ensuite du temps à éliminer. L'engrais vert est la réponse classique du jardinier qui ne veut pas gaspiller ni son sol, ni son temps.
Le principe est simple : on sème une plante qui couvre, protège et nourrit le sol, puis on la détruit avant qu'elle ne monte en graine. Ce qui reste se décompose sur place et restitue de la matière organique, parfois de l'azote, parfois une structure améliorée. C'est un outil modulable, bon marché, et compatible avec les semences reproductibles.
Ce guide couvre tout ce qu'il faut savoir pour choisir le bon engrais vert selon votre objectif, votre sol, votre saison, et les cultures qui précèdent ou suivent.
Qu'est-ce qu'un engrais vert, exactement ?
L'expression "engrais vert" désigne une plante cultivée non pas pour être récoltée, mais pour être restituée au sol. On la sème pendant un créneau d'interculture (entre deux légumes), pendant une période de repos hivernal, ou pour régénérer une planche épuisée. On la détruit avant maturité complète des graines, puis on l'incorpore ou on la laisse en mulch.
L'engrais vert remplit plusieurs fonctions selon l'espèce choisie. Il ne s'agit pas d'un produit unique, mais d'un vaste groupe de plantes aux effets très différents selon leur famille botanique. C'est ce choix initial qui conditionne tout le reste.
Ce que fait concrètement un engrais vert
Protection physique du sol. La couverture végétale intercepte les gouttes de pluie avant qu'elles ne frappent directement le sol et ne brisent sa structure agrégée. Elle limite le ruissellement et réduit la compaction en surface. En hiver, elle isole les micro-organismes des gelées brutales.
Apport de matière organique. La biomasse produite, une fois détruite et incorporée, se décompose progressivement. Elle nourrit les micro-organismes du sol, améliore la capacité à retenir l'eau (capacité de rétention hydrique), et contribue à terme à la formation d'humus stable.
Fixation de l'azote atmosphérique. Certaines espèces, essentiellement les légumineuses (trèfle, vesce, fèverole, lupin), hébergent dans leurs racines des bactéries du genre Rhizobium capables de convertir l'azote gazeux de l'air en azote assimilable. Cet azote est libéré lors de la décomposition des tissus racinaires et aériens. (Nota : l'efficacité de la fixation dépend fortement de la présence préalable des souches bactériennes dans le sol, de la nature du sol, et du stade de destruction de la plante. À vérifier Pax si vous souhaitez quantifier un apport précis en unités d'azote.)
Décompaction des couches profondes. Certaines plantes à racines pivotantes, comme le radis fourrager, la phacélie ou le lupin, descendent jusqu'à 80 cm à 1 m de profondeur et créent des galeries qui améliorent la structure en profondeur sans aucune intervention mécanique. On parle parfois de "bêchage biologique".
Nettoyage phytosanitaire. La moutarde et ses cousines crucifères libèrent lors de leur décomposition des substances soufrées qui limitent le développement de certains champignons et nématodes du sol. Cet effet dit "biofumigation" est réel mais partiel. Il ne remplace pas une rotation bien conduite.
Soutien à la biodiversité. La phacélie, le sarrasin et la luzerne sont très mellifères. Semés en interculture d'été, ils fournissent du pollen et du nectar pendant des périodes souvent pauvres pour les pollinisateurs. Un bénéfice direct pour les cultures voisines pollinisées par les insectes.
Les grandes familles d'engrais verts et leurs effets
Choisir un engrais vert suppose de connaître les trois grandes catégories fonctionnelles. Chacune a un profil d'effet dominant, une saison de prédilection, et des contraintes spécifiques de destruction.
Légumineuses : fixatrices d'azote
Trèfle incarnat, trèfle blanc, vesce d'hiver, vesce d'été, fèverole d'hiver, lupin bleu, sainfoin, luzerne. Ces plantes forment des nodosités sur leurs racines qui hébergent des bactéries fixatrices d'azote atmosphérique.
Leur effet principal est nutritif : elles enrichissent le sol en azote pour la culture suivante. Elles conviennent particulièrement avant des cultures gourmandes en azote, comme les choux, les courgettes ou les tomates.
Attention à leur destruction : si on les détruit trop tôt (moins de 6 à 8 semaines après le semis), la biomasse est faible et l'apport est limité. Si on les laisse trop longtemps (après la montée en fleurs et la formation des gousses), une partie de l'azote se retrouve stockée dans les graines, pas restituée au sol.
Graminées : structurantes et couvrantes
Seigle d'hiver, sorgho du Soudan, avoine (non disponible dans le catalogue Seedelli, mais courant). Ce sont des plantes à fort développement foliaire et racinaire, qui produisent une biomasse importante.
Leur effet principal est structural : les racines fasciculées améliorent la porosité du sol en créant un réseau dense de galeries. La quantité de matière organique restituée est élevée. Elles sont très adaptées aux hivernages car elles résistent au froid.
Leur inconvénient est une décomposition lente, surtout si les tiges sont ligneuses. Le rapport carbone/azote élevé (C/N) peut bloquer temporairement la disponibilité de l'azote dans le sol pendant la phase de décomposition. À prévoir si on sème peu de temps après.
Crucifères : nettoyantes et rapides
Moutarde blanche, moutarde noire, radis fourrager. Ces espèces à croissance très rapide (levée en 4 à 7 jours, couverture complète en 3 à 5 semaines) sont parfaites pour les créneaux courts d'interculture d'été ou d'automne précoce.
Leur effet principal est sanitaire et décompactant (radis fourrager en particulier). La moutarde produit, lors de sa décomposition, des glucosinolates qui limitent la pression de certains agents pathogènes du sol. C'est la base de la biofumigation.
Contrainte absolue : elles appartiennent à la famille des brassicacées. Ne pas les semer avant ou après un chou, un navet ou une roquette. Elles partagent les mêmes pathogènes (hernie du chou notamment) et peuvent aggraver la situation au lieu de l'améliorer.
Espèces polyvalentes
Phacélie, sarrasin, luzerne se placent à part. La phacélie n'appartient à aucune des familles légumes cultivées au potager, ce qui lui permet d'être insérée dans presque toutes les rotations sans risque de conflit. C'est un avantage non négligeable. Sa floraison bleue est une ressource mellifère de premier ordre.
Le sarrasin est une polygonacée, à croissance rapide en été, qui couvre vite et étouffe les adventices par son ombrage dense. La luzerne est une légumineuse vivace : on ne la détruit pas en fin de saison mais après plusieurs coupes. Elle convient plutôt aux espaces qu'on accepte d'immobiliser deux à trois ans pour une régénération profonde.
Quel engrais vert pour quel objectif ?
Le tableau suivant résume les critères de choix. Chaque espèce est associée à une fiche disponible sur Seedelli.
| Espèce | Famille | Objectif principal | Saison de semis | Destruction | Fiche |
|---|---|---|---|---|---|
| Phacélie | Hydrophyllacée | Structurant, mellifère, tous sols | Mars à août | Avant floraison ou à la fleur | /varietes/phacelie/ |
| Trèfle incarnat | Légumineuse | Fixation azote, couverture hivernale | Juillet à septembre | Gel ou fauche printemps | /varietes/trefle-incarnat-engrais-vert/ |
| Trèfle blanc | Légumineuse | Fixation azote, couvre-sol permanent | Avril à septembre | Fauche répétée | /varietes/trefle-blanc-engrais-vert/ |
| Vesce d'hiver | Légumineuse | Fixation azote, hivernage, avant cultures exigeantes | Août à octobre | Gel ou fauche mars-avril | /varietes/vesce-dhiver-engrais-vert/ |
| Vesce d'été | Légumineuse | Fixation azote, interculture printanière | Mars à juillet | Fauche avant gousses | /varietes/vesce-dete-engrais-vert/ |
| Fèverole d'hiver | Légumineuse | Fixation azote, décompaction modérée | Octobre à novembre | Gel ou fauche mars | /varietes/feverole-dhiver-engrais-vert/ |
| Lupin bleu | Légumineuse | Décompaction en profondeur, sols acides | Mars à mai | Fauche avant gousses | /varietes/lupin-bleu-engrais-vert/ |
| Moutarde blanche | Crucifère | Couverture rapide, biofumigation | Mars à septembre | Avant montée à graine, gel | /varietes/moutarde-blanche-engrais-vert/ |
| Radis fourrager | Crucifère | Décompaction profonde, couverture rapide | Juillet à septembre | Gel (racines restent) | /varietes/radis-fourrager-engrais-vert/ |
| Sarrasin | Polygonacée | Couverture estivale rapide, ombrage adventices | Mai à juillet | Fauche avant floraison ou dès la fleur | /varietes/sarrasin-engrais-vert/ |
| Seigle d'hiver | Graminée | Couverture hivernale solide, biomasse élevée | Septembre à octobre | Fauche mars-avril avant épiaison | /varietes/seigle-engrais-vert/ |
| Luzerne | Légumineuse | Régénération profonde sur plusieurs années | Avril à juin | Coupes répétées sur 2-3 ans | /varietes/luzerne-engrais-vert/ |
| Sorgho du Soudan | Graminée | Biomasse estivale élevée, sols chauds | Mai à juin | Fauche avant épiaison | /varietes/sorgho-du-soudan-engrais-vert/ |
Seedelli propose aussi des mélanges prêts à l'emploi pour simplifier le choix : mélange croissance rapide, mélange spécial hiver, mélange spécial sol lourd.
Quand semer selon la saison et le créneau disponible
La bonne fenêtre de semis dépend à la fois de la saison et du créneau laissé par vos cultures légumières. Voici les quatre grandes situations.
Interculture de printemps (avril à juin)
Après avoir sorti les légumes d'hiver (poireaux, choux, ail), une planche se libère souvent entre avril et juin. C'est un créneau idéal pour un engrais vert court avant de replanter en juillet-août.
Options adaptées : phacélie (6 à 8 semaines suffisent), moutarde blanche (4 à 6 semaines), sarrasin (6 à 8 semaines), vesce de printemps. Ces espèces poussent vite quand les températures montent et couvrent rapidement.
Consultez le guide de semis en avril et le guide de semis en mai pour caler les dates dans votre région.
Interculture d'été (juillet à août)
Après les premières tomates précoces, les pois récoltés ou les salades de printemps, une planche se libère en juillet. C'est le moment des crucifères et du sarrasin, qui apprécient la chaleur et couvrent vite avant la replantation automnale.
Le radis fourrager est particulièrement adapté en juillet-août : ses racines volumineuses décompactent mécaniquement le sol, puis gèlent en hiver et laissent des canaux qui se décomposent naturellement. Idéal avant les carottes ou les poireaux de l'année suivante.
Voir le guide de semis en juillet et le guide de semis en août.
Hivernage (août à octobre)
C'est le créneau le plus productif en termes d'effet sur le sol. Après les dernières tomates (septembre-octobre) ou les haricots (août), on installe un couvert hivernal qui travaillera pendant 6 à 8 mois.
Trois profils possibles selon l'objectif :
- Légumineuses résistantes au froid (trèfle incarnat, vesce d'hiver, fèverole d'hiver) : pour enrichir en azote, à détruire au printemps avant les cultures les plus exigeantes.
- Seigle d'hiver : pour une biomasse élevée et une couverture dense. Résiste aux hivers rigoureux. Détruire avant l'épiaison (mars-avril selon les régions).
- Mélanges hiver (trèfle + vesce + seigle, par exemple) : les mélanges combinent les effets. La graminée soutient la légumineuse qui grimpe, les deux se complètent.
Voir le guide de semis en septembre et le guide de semis en octobre.
Jachère longue (sol épuisé ou à régénérer)
Quand une planche est épuisée ou contaminée (hernie du chou après des choux répétés, fusariose sur alliums), on peut choisir d'y installer un couvert pour toute une saison, voire deux. La luzerne ou un mélange mellifère avec phacélie et trèfle blanc convient pour un an. Pour deux à trois ans, la luzerne seule structure profondément et fixe de l'azote en continu.
Comment et quand détruire un engrais vert
C'est l'étape la plus déterminante. Mal conduite, la destruction peut coûter du temps et limiter les bénéfices.
Les méthodes de destruction
La fauche. On coupe ras, à la cisaille, au coupe-bordure ou à la tondeuse, puis on laisse les restes sur place en mulch ou on les incorpore superficiellement à la grelinette. Convient pour toutes les espèces avant qu'elles ne soient trop ligneuses. Méthode la plus simple en jardinage.
Le roulage. Certains jardiniers roulent la végétation au sol (avec un simple rouleau ou en posant des planches dessus) pour la coucher et la tuer sans l'arracher. La végétation couchée sèche et forme un mulch à plat qu'on peut planter au travers en transplantation. Adapté à la phacélie, à la vesce, au trèfle.
Le gel. La moutarde blanche, le sarrasin et certaines vesces d'été ne résistent pas au gel. Si vous êtes dans une zone où l'hiver est rigoureux, ces espèces gèlent naturellement et se couchent. La destruction est automatique, il suffit d'incorporer au printemps. Le radis fourrager gèle également : ses racines pourrissent sur place en laissant des galeries utiles.
L'arrachage. Pour les espèces peu ligneuses et peu enracinées (phacélie jeune, moutarde, sarrasin), l'arrachage manuel est possible sur petites surfaces. On peut composter la masse végétale ou l'incorporer directement.
Quand détruire : le bon stade
Pour les légumineuses : avant ou au début de la floraison. C'est à ce stade que la teneur en azote des tissus est maximale et que la décomposition sera la plus rapide (rapport C/N bas). Attendre la formation des gousses réduit l'azote restitué au sol.
Pour les graminées : avant l'épiaison. Au-delà, les tiges se lignifient, le C/N monte et la décomposition devient lente. Dans un sol froid (hiver), la dégradation peut prendre plusieurs mois.
Pour les crucifères : avant que les tiges ne montent trop. Pour maximiser l'effet biofumigation, on broie finement la masse végétale et on l'incorpore immédiatement en maintenant un peu d'humidité pour activer la libération des glucosinolates.
Pour la phacélie : avant ou dès les premières fleurs si on veut limiter le réensemencement spontané. La phacélie se ressème facilement si on la laisse grainer.
Délai avant la prochaine culture
Après destruction et incorporation, laisser au minimum 2 à 3 semaines avant de planter. Ce délai permet aux micro-organismes de démarrer la décomposition et évite les blocages d'azote (immobilisation temporaire liée à une biomasse fraîche à C/N élevé). Ce délai peut être réduit à 1 semaine pour les légumineuses jeunes, et allongé à 4 à 6 semaines pour un seigle mature.
Engrais verts et rotation des cultures : comment les intégrer
L'engrais vert n'est pas une plante hors rotation. Il fait partie intégrante du plan de rotation et obéit aux mêmes règles de familles botaniques.
Règle fondamentale : respecter les familles
La moutarde et le radis fourrager sont des brassicacées. Les semer avant un chou ou après un chou contaminé par la hernie, c'est aggraver la pression pathogène. De même, après une luzerne ou un trèfle, éviter de mettre directement des haricots ou des pois (risque de maladies racinaires spécifiques aux légumineuses).
La phacélie ne fait partie d'aucune famille légumière courante : elle peut se placer après n'importe quelle culture et avant n'importe quelle autre. C'est pour cette raison que les jardiniers qui ne veulent pas se compliquer la vie la choisissent par défaut.
La place de l'engrais vert dans le plan sur 4 ans
Dans un plan de rotation classique, une planche sur quatre est dédiée au repos ou à l'engrais vert. Mais cette vision minimaliste peut être enrichie : on peut semer un engrais vert chaque fois qu'une planche se libère plus de 6 semaines avant la culture suivante. Sur un potager actif avec des successions courtes, c'est possible 2 à 4 fois par an sur les mêmes planches, en choisissant des espèces à cycle court (moutarde, phacélie, sarrasin).
L'enchaînement optimal pour enrichir en azote avant une culture exigeante :
Automne N-1 : semer vesce d'hiver (ou trèfle incarnat)
Hiver : végétation en place, fixation d'azote
Mars-avril N : fauche avant floraison, incorporation superficielle
Mai-juin N : plantation des tomates, courgettes ou choux
Les erreurs fréquentes à éviter
Semer trop tard par rapport au gel
Un engrais vert d'hivernage semé après la mi-octobre dans la moitié nord de la France ne couvrira pas assez avant les premières gelées sérieuses. La phacélie et la moutarde sont sensibles au gel et ne passeront pas l'hiver. Si vous êtes en retard, choisissez le seigle ou la vesce d'hiver, qui germent à des températures basses et résistent à des froids marqués.
Confondre destruction et incorporation
Faucher et laisser sécher en surface sans incorporer donne un mulch, pas un engrais vert au sens strict. Ce n'est pas inutile (protection du sol, humidité conservée), mais les bénéfices nutritifs sont différés et partiels. Si vous voulez un effet rapide sur la structure et les nutriments disponibles, incorporez à la grelinette ou à la fourche-bêche sur 10 à 15 cm.
Semer sur un sol sec ou sans préparation
Un engrais vert lève mal sur un sol croûté ou sec. Un simple griffage de surface suivi d'un semis en surface (pour les petites graines comme la phacélie ou le trèfle) ou d'un semis enterré à 1 à 2 cm (pour les graines plus grosses comme la vesce ou la fèverole) suffit. Arrosez si le sol est sec au moment du semis.
Laisser monter à graine
La plupart des engrais verts se ressèment abondamment si on laisse les fleurs se transformer en graines. Le sarrasin, la phacélie et la moutarde en particulier peuvent coloniser la planche suivante et créer des "mauvaises herbes" difficiles à éliminer. Détruisez avant maturité des graines, sans exception.
Négliger le délai avant plantation
Planter trop tôt après une incorporation (moins d'une semaine pour une biomasse importante) expose les plantins à un phénomène d'immobilisation de l'azote : les micro-organismes qui dégradent la matière organique consomment temporairement plus d'azote qu'ils n'en restituent. Résultat : jaunissement des plantes, croissance ralentie. Comptez 2 à 3 semaines minimum, davantage en sol froid.
Semer une crucifère avant ou après des choux
Erreur classique. La moutarde blanche est une brassicacée. Elle partage avec les choux, les navets, les radis de jardin et les roquettes les mêmes pathogènes du sol, notamment le plasmodiophore de la hernie du chou. L'utiliser dans un créneau avant ou après des brassicacées légumières revient à raccourcir la rotation de ces familles et peut aggraver une contamination existante.
Engrais verts et mycorhizes : ce que la science dit
Les mycorhizes sont des champignons qui forment des associations bénéfiques avec les racines de la plupart des plantes cultivées. Ces associations augmentent la capacité d'absorption de l'eau et des minéraux, notamment le phosphore.
Certains engrais verts favorisent les mycorhizes, d'autres les limitent. Les légumineuses et les graminées entretiennent ou stimulent les réseaux mycorhiziens existants. En revanche, les crucifères (moutarde, radis fourrager) n'hébergent pas de mycorhizes et peuvent même, en couvrant le sol sur plusieurs semaines, réduire les populations fongiques mycorhiziennes du sol si elles sont utilisées de façon répétée et exclusive.
Pour préserver les mycorhizes, alternez les crucifères avec des espèces mycorhizables (phacélie, trèfle, vesce, sarrasin) et évitez les successions longues de moutardes ou de radis fourragers.
Doses de semis indicatives
Les doses ci-dessous sont des ordres de grandeur courants en jardinage amateur. Elles peuvent varier selon le fournisseur et les conditions de germination. (Données à confirmer sur les fiches produits Seedelli avant publication, ou vérification Pax recommandée.)
| Espèce | Dose indicative (g/m²) | Profondeur de semis |
|---|---|---|
| Phacélie | 1 à 2 g/m² | Surface, griffage léger |
| Trèfle incarnat | 2 à 3 g/m² | 0,5 à 1 cm |
| Trèfle blanc | 1 à 2 g/m² | Surface |
| Vesce d'hiver | 8 à 12 g/m² | 2 à 3 cm |
| Vesce d'été | 8 à 12 g/m² | 2 à 3 cm |
| Fèverole d'hiver | 20 à 30 g/m² | 4 à 5 cm |
| Lupin bleu | 15 à 20 g/m² | 3 à 4 cm |
| Moutarde blanche | 2 à 3 g/m² | 1 à 2 cm |
| Radis fourrager | 3 à 4 g/m² | 1 à 2 cm |
| Sarrasin | 5 à 8 g/m² | 2 à 3 cm |
| Seigle d'hiver | 10 à 15 g/m² | 2 à 3 cm |
| Sorgho du Soudan | 3 à 5 g/m² | 2 à 3 cm |
Composer votre sélection d'engrais verts
La phacélie polyvalente, un trèfle pour l'azote, un seigle pour l'hiver, une moutarde pour les créneaux courts : ces quatre espèces couvrent la majorité des situations d'un potager actif. Composez votre sélection directement sur /mes-graines/ avec les références engrais verts de Kokopelli.
Si vous démarrez avec l'engrais vert et ne savez pas par où commencer, les mélanges tout prêts sont une entrée simple. Le mélange croissance rapide couvre l'été, le mélange spécial hiver prend en charge l'hivernage, le mélange spécial sol lourd s'attaque aux terres compactées.
FAQ : engrais verts au potager
Un engrais vert remplace-t-il le compost ?
Non. L'engrais vert et le compost sont complémentaires. L'engrais vert produit de la matière organique sur place, sans transport, et peut fixer de l'azote atmosphérique (pour les légumineuses). Mais il ne restitue que ce que le sol et l'air lui ont fourni : il n'ajoute pas d'éléments minéraux venus d'ailleurs, contrairement au compost qui intègre des apports extérieurs (déchets de cuisine, tailles, etc.). Pour un sol vraiment pauvre, les deux outils sont nécessaires.
Peut-on semer un engrais vert sous une culture en place ?
Oui, dans certains cas. On parle de semis en sous-couvert. Par exemple, semer du trèfle blanc sous des haricots à rames en juillet : les haricots couvrent le sol, le trèfle germe dans leur ombre, et quand les haricots sont récoltés en automne, le trèfle est déjà en place pour l'hivernage. Cette technique demande un peu de pratique car la concurrence lumineuse peut limiter la levée du trèfle si la culture principale est trop dense.
Faut-il labourer avant de semer un engrais vert ?
Non, ce n'est pas nécessaire. Un griffage léger de la surface pour aérer la croûte et rompre les mottes suffit pour la plupart des espèces à petites graines (phacélie, trèfle, moutarde). Pour les grosses graines (fèverole, vesce, lupin), un travail plus profond sur 5 à 10 cm est utile pour assurer un bon contact graine-sol. On peut aussi semer à la volée sur un sol fraîchement désherbé, puis passer un râteau pour enterrer légèrement.
Combien de temps peut-on laisser un engrais vert en place ?
Cela dépend de l'espèce et de l'objectif. Pour les espèces annuelles (phacélie, moutarde, sarrasin), la destruction doit intervenir avant que les graines ne mûrissent, soit généralement 6 à 10 semaines après le semis selon la saison. Pour le trèfle incarnat ou la vesce d'hiver semés en automne, on les laisse jusqu'au printemps (4 à 7 mois). Pour la luzerne, plusieurs années de maintien sont possibles, avec des coupes régulières.
Peut-on composter les restes d'un engrais vert détruit ?
Oui, sans problème pour les espèces jeunes et non grainées. La masse verte fraîche est un excellent activateur de compost : elle apporte de l'azote et de l'humidité, et se décompose vite. Évitez de composter des espèces déjà montées en graine (risque de dissémination). Les racines, elles, s'incorporent directement sur place plutôt que d'être compostées : ce sont elles qui améliorent la structure du sol en se décomposant dans leurs propres galeries.
Un engrais vert élimine-t-il les adventices ?
Partiellement. Un couvert dense étouffant bien le sol réduit la levée des graines d'adventices par manque de lumière. La phacélie et le sarrasin en particulier sont réputés pour leur effet couvrant rapide et leur capacité à concurrencer les mauvaises herbes. Mais un engrais vert n'élimine pas les plantes déjà en place, ni les adventices rhizomateuses (liseron, chiendent) dont les racines profondes survivent à n'importe quel couvert. Pour ces dernières, la solution reste mécanique ou une longue jachère sous bâche avant le couvert.
Les engrais verts conviennent-ils à tous les types de sol ?
Globalement oui, mais certaines espèces sont plus adaptées à des conditions particulières. Le lupin bleu tolère les sols acides et pauvres mieux que d'autres légumineuses. La phacélie pousse sur à peu près tous les types de sol, du sableux à l'argileux. La luzerne préfère les sols calcaires et bien drainés, et n'est pas adaptée aux sols acides ou engorgés. Le mélange spécial sol lourd est formulé pour les terres argileuses difficiles à travailler.
Seedelli